Après sa visite du Bayon, Loti est de retour au village de bonzes, installé dans les ruines d'Angkor Vat. Infatigable, il s'aventure dans la galerie d'Angkor-Vat alors que la pénombre a déjà enveloppé le temple.

 ANGKOR VAT. VUE GENERALE DE L'ENTREE.

 

ANGKOR VAT. L'ENCEINTE DU TEMPLE. ( 1905 ).

 

ANGKOR VAT. VUE EXTERIEURE. 1890.

 

 

" C'est la galerie extérieure, celle qui forme un carré de deux cent cinquante mètres de côté et qui entoure, comme un somptueux chemin de ronde, tout l'enchevêtrement étagé des constructions centrales… Les dalles y sont feutrées d'on ne sait quoi de mou qui s'écrase sous les pas (…) ".

 

GALERIE EXTERIEURE D'ANGKOR VAT. 1890.

 

 

" La torche en passant me révèle, sur les parois d'un gris sombre, une mêlée inextricable de guerriers qui gesticulent avec fureur; tout au long du chemin, un bas-relief ininterrompu déroule à perte de vue des batailles, des combattants par milliers, des éléphants caparaçonnés, des monstres, des chars de guerre (…). Ce bas-relief qui prolonge sa mêlée de personnages sur une longueur d'un kilomètre, aux quatre faces du temple, s'inspire de l'une des plus antiques épopées (…).

Tous ces tableaux, qui étaient jadis peints et dorés, ont pris (…) une triste couleur (…). Jusqu'à portée humaine, le bas-relief (qui a cinq mètres de haut) est usé par le frottement séculaire des doigts car aux époques de pèlerinage, toute la multitude se fait un devoir de le toucher (…).

On voit encore des traces de coloriage sur les vêtements ou les figures; et, parfois, aux tiares des Apsâras ( danseuses célestes) ) , un peu d'or épargné par le temps (…).

Ce qui est incompréhensible, c'est que la muraille à personnages semble d'un seul morceau sur des centaines de mètres de longueur; il faut regarder de tout près pour découvrir les jointures des pierres énormes qui ont été mise à la file sans le secours d'aucun ciment (…).

Au milieu de chaque face du quadrilataire, un portique s'ouvre dans ce chemin de ronde et donne accès à la cour centrale où s'élève la pagode (…) ".

Le lendemain Pierre Loti retourne à la découverte du temple.

" Avec le temps et l'abandon, chacune des assises superposées du temple est devenue une sorte de jardin suspendu où les immenses feuilles de bananiers se mêlent aux touffes blanches d'un jasmin odorant ( … ).

Les Apsâras, qu'elles sont jolies et souriantes sous leurs coiffures de déesses (…). Toutes celles que l'on peut atteindre en passant ont été si souvent caressées, au cours des siècles, que leurs belles gorges nues luisent comme sous un vernis - et ce sont les femmes qui, pendant les pèlerinages, les touchent passionnément pour obtenir d'elles la grâce de devenir mères (…).

D'après un lettré chinois qui visita ce mystérieux empire à la veille de son déclin, vers le treizième siècle, et qui nous a laissé les seuls documents connus sur sa splendeur, la tour centrale était couronnée d'un lotus d'or, si grand, que, de tous points de la ville aujourd'hui ensevelie, on voyait briller en l'air sa fleur sacrée (…).

 

ANGKOR VAT.  TEMPLE PRINCIPAL ( 1929 ).