TRACES DE LA GRANDE MURAILLE AU NORD EST DE LA CHINE.

 

REGIONS ADMINISTRATIVES CHINOISES.

 

Source internet : Lexilogos.

 

La Grande Muraille s'étend au nord du pays sur environ 5 000 kilomètres (1).                       La première carte permet de se faire une idée des tracés des diverses constructions. En revanche, ils sont incomplets.

A l'ouest, le tronçon de la dynastie Han commence à la Porte de Jade,  au nord-ouest de la ville deDunhuang. Le Mur longe ensuite le sud de la Mongolie pour atteindre le golfe de Corée, non loin de Pyongyang.

Bien entendu, dans de nombreux lieux, les traces de ces constructions ont disparu et ne subsistent que sur les tracés des archéologues.

 

UNE CONSTRUCTION EN TROIS ETAPES ( IVème B.C. -XVIème ).

Les historiens ne présentent pas le même nombre d'étapes. Il a donc fallu faire un choix.

Une première série de murs défensifs, aujourd'hui en grande partie disparus, est édifiée par les principautés de la période des Printemps et des automnes , puis surtout par les Royaumes Combattants ( 480- 222 B.C.). On considère qu'elle est commencée sous les Zou.

Ce sont sans doute de simples levées de terre, protégées de fossés, avec un rôle défensif face aux voisins belliqueux ou aux barbares. Sept murailles auraient ainsi été élevées.

La seconde étape remonte au règne de l'empereur Qing Shi Huangdi (221- 207 B.C.). Ce dernier reprend une partie des fortifications en réunissant les trois murs du nord : des anciens royaumes de Zao, de Qin et de Wei.

Il s'agit alors de renforcer la frontière contre les incursions de la confédération des Xiongnu.

Sous le commandement du général Meng Tian, 300 000 hommes sont affectés à l'édification d'une levée de terre, qui est ensuite recouverte de pierres et renforcée de bastions à intervalles réguliers.

Ses successeurs prolongent la Muraille vers l'ouest (2).

La troisième étape est celle de la période Ming ( 1368- 1644). Les empereurs de cette dynastie reprennent et prolongent les fortifications. La levée de terre est alors renforcée de murs, permettant notamment une circulation plus aisée sur le chemin de ronde.

Seule la partie orientale est restée en terre, surmontée de branchages.

 

LES MODES DE CONSTRUCTION DE LA GRANDE MURAILLE.

 

Source internet : NYPL digital galery.

 

Le mur peut faire jusqu'à 10 m de large à la base. Il se compose de terre, d'un mélange de pierres ou de briques, revêtu d'un parement de pierre ou de briques.

Pour éviter l'humidité, on utilise la méthode du mur " en terre à trois éléments mêlés ", où on alterne de la chaux, de la terre et du sable (3).

 

LES DIFFERENTS ELEMENTS DE LA CONSTRUCTION.

D'une hauteur de 6 à 8m, le mur comprend un ensemble de tours de guet, ainsi que des tours de feu, pour envoyer les messages.

Large d'environ 5 m, le chemin de ronde est bordé d'un parapet crénelé. Au nord de Pékin, à 75 kilomètres de la capitale, le tronçon de Balading, permet de se faire une petite idée de la construction.

Le chemin de ronde est parfois si pentu , qu'il est quasiment impossible de monter si l'on ne s'accroche pas à la rampe. Je me suis interrogée comment les hommes des garnisons, s'y déplaçaient.

 

Source internet : NYPL digital galery

 

QUELQUES VUES DE LA GRANDE MURAILLE ( au nord de Pékin).                                     Photos argentiques scannées.

 

 

 

 

Au-delà de leur rôle défensif, ces constructions renvoient à une certaine vision du monde, entre l'Empire du Milieu et les peuples nomades des steppes. C'est sous la dynastie des Tang ( 618- 907 A.C.) que la Grande Muraille matérialise progressivement la séparation entre ces deux mondes très opposés.

 

Elle a fait rêver des générations entières de voyageurs, des plus illustres aux plus modestes.

LA MURAILLE DE CHINE VUE PAR LES OCCIDENTAUX ENTRE LES XVIIIème ET XIXème SIECLES.

Quelques descriptions démontrent que La grande Muraille était déjà réputée aux siècles passés.

En 1719, l'anglais John Bell accompagne une ambassade envoyée par le tsar Pierre le Grand.

" Le 22 novembre, à midi, nous aperçûmes le fameux mur de la Chine, se prolongeant sur le sommet des montagnes, vers le nord-est (…). Plus nous en approchâmes et plus le spectacle de ce mur fameux nous étonna. On l'appelle, à cause de sa longueur, le mur sans fn; il joint un sommet élevé à un autre, il a des tours carrées de distance en distance, et présente un coup d'œil magnifique " (4).

 

Entre 1792 et 1794, une ambassade britannique, conduite par lord Macartney, se rend à Pékin. Un de ses employés - Aeneas Anderson - a laissé un carnet de notes, où il y décrit la Grande Muraille.

" En approchant de la grande Muraille, on rencontre des cantonnements pour une armée considérable (... ). Ce monument est l'ouvrage, peut-être, le plus étonnant qui soit sorti de la main des hommes. On estime sa longueur de plus de 1 200milles. Sa hauteur, à l'endroit où j'étais placé, car elle varie en raison de celle du terrain, surpassait 30 pieds. Son épaisseur peut en avoir 24. La partie inférieure est bâtie en pierres de taille, et le reste est en briques. Le sommet, recouvert d'un peu de terre, est pavé de larges pierres. Il ya de chaque côté un parapet de 3 pieds d'épaisseur . Lorsque l'on réfléchit que cette vaste muraille ne règne pas seulement sur terre, mais traverse encore d'immenses rivières, où elle prend la forme de ponts, dont quelques-uns reposent sur une double rangée d'arches énormes (…) " (5).

Dans sa description, il rappelle, qu'afin de donner l'alerte rapidement, les tours communiquent par des signaux. A la fin du XVIIIème siècle, il souligne que les fortifications sont en mauvais état , abandonnées aux intempéries depuis que la Tartarie est rattachée à la Chine.

Au milieu du XIXème siècle, un attaché de l'ambassade de France - le marquis de Moges - nous décrit la Muraille près de la mer, alors qu'il est en excursion avec l'ambassadeur de France.

12 juillet 1858, environs du golfe de Péchéli :

" Vu du côté chinois, la Grande Muraille ressemble à un immense ouvrage en terre, couronné de créneaux en brique, mais en fort mauvais état et manquant en plusieurs endroits. Du côté de la Mandchourie, au contraire, la grande Muraille est construite en briques, posant sur un soubassement de pierre. Elle est flanquée de tours carrées dans toute sa longueur, à la distance d'environ deux traits de flèches, afin que l'ennemi puisse être partout atteint. " (4).

Au cours de cette même période, Arthur Adams, médecin à bord d'un navire de la Royale britannique dont la mission est d'effectuer un relevé des côtes chinoises, découvre la grande Muraille aux environs du golfe de Liau-tong.

" On voyait la grande Muraille, avec ses tours carrées et son parapet à créneaux, monter la pente des collines lointaines et serpenter le long de la plaine " (6).

 

La Grande Muraille a donné lieu à de nombreux écrits, plus ou moins célèbres.

" On construit la muraille, avec des cris rauques et tristes;

La lune et la Voie lactée paraissent basses auprès d'elle.

Mais si l'on n'enlevait pas les ossements blancs des morts,

Ils viendraient à la même hauteur que la grande muraille ".

Lu You.

 

CET ARTICLE EST EN COURS DE REDACTION.  DES COMPLEMENTS A VENIR.

 

(1) Dictionnaire de civilisation chinoise, article Grande Muraille, chez Albin Michel, 1998, p.315.

(2) Bardou ( François) et Mahaut ( Françoise) L'ABCdaire des Arts asiatiques, Flammarion, 2002, p. 62- 63.

(3) Elissseeff ( Danielle), L'art chinois, Editions Larousse, 2007, p. 88- 89.

(4) Boothroyd (Ninette) et Détrie ( Muriel), Le voyage en Chine, anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen Age à la chute de l'empire chinois, collection Bouquins, Laffont, 1992, p. 260.

(5) Le voyage en Chine, op.cit., p. 275-276.

(6) Le voyage en Chine, op.cit., p. 536 à 539.