" On a marché toute la journée. Enfin, je ne sais pas si on appelle cela marcher. On avance comme on peut dans une cohue incroyabe (...). Soudain, j'aperçois quelqu'un qui dort dans la vase. Je trouve ça curieux et je le montre à Naron (...). Naron me répond qu'il ne dort pas, il est mort.  Il est mort ? J'appelle maman (...).  Je scrute le lit du fleuve. Il y en a d'autres, qu'on ne voit pas tout de suite. Des corps parfois recroquevillés, parfois avec la tête qui pend en arrière, à moitié recouverts de boue séchée. Je me demande pourquoi il y a tous ces morts et pourquoi on marche ainsi, pourquoi tous les habitants de la ville doivent partir (....) ".

Malay apprend les dénonciations, la faim, la survie dans l'enfer de Kampuchea, le régime des Khmers Rouges.

    "  Au début, je ne comprenais pas pourquoi maman s'intéressait au nombre de corbeaux dans le ciel. En fait, c'était un nom de code pour désigner les Khmers Rouges. Depuis, on les appelle tous ainsi. Luc m'a expliqué tout bas, à l'oreille, qu'il faut se méfier des espions, les schlop, ces petits mouchards qui écoutent les conversations. Ils vont ensuite dénoncer les gens aux Khmers Rouges qui viennent alors les arrêter (...).

Phong Sithean a été dénoncé. On se regarde tous. Qui a pu faire une chose pareille ? (...).

En fin d'après-midi, une dizaine d'hommes et de femmes en noir sont venus perquisitionner les maisons. ils ont rassemblés sur la place les sacs de riz qu'ils ont trouvés et les ont emportés. Nous sommes tous des traites (...). On va mourir de faim ".  

    Un livre au témoignage terrible. Le quotidien de Malay et de sa famille. Une survie de chaque jour.

Que l'on aille ou pas au Cambodge, que l'on s'intéresse ou pas à ce pays, il faut parcourir ces pages, qui nous montrent combien la nature humaine peut-être infiniment sombre.

Un très beau témoignage à travers le regard d'un enfant.

Lien vers le poème d'un écrivain cambodgien, qui m'a confié son texte pour que je le publie sur mon site.